Les points de vue que vous développez dans l’édition d’El Watan d’hier insistent sur « les conditions défavorables de l’exercice politique »1 auxquelles sont confrontés les partis de l’opposition démocratique. « L’opposition démocratique a-t-elle perdu la bataille de la lutte politique et toutes ses aptitudes à encadrer et mobiliser la société ? »2, s’interroge l’un de vos éditorialistes.
Le politologue Mohammed Hachemaoui répond par l’affirmative. Pour lui, cet échec a été programmé pour maintenir le statu quo politique. « Je crois que cette situation a été voulue par un régime autoritaire qui a empêché toute action et toute institutionnalisation de l’autonomie politique et syndicale. Nous vivons sous l’Etat d’urgence qui donne des pouvoirs exceptionnels à la police. Et cet Etat empêche l’institutionnalisation d’une classe politique et d’une société civile »2 « Du maintien de l’état d’urgence découlent tous les interdits, notamment celui de manifester, d’organiser des meetings, de créer des cercles de rencontres entre citoyens. Ce que la Constitution autorise, l’Etat d’urgence le pénalise »3. Nul ne peut contester les arguments mis en avant dans ces différents points de vue pour expliquer « l’incapacité des partis de l’opposition démocratique à encadrer et mobiliser la société »2. Ces mêmes arguments sont d’ailleurs repris par les dirigeants de l’opposition pour justifier leur impuissance chronique. Rien d’étonnant à cela, l’essentiel, pour ces derniers, étant d’évacuer la question de leur responsabilité propre dans l’affaiblissement et l’atomisation de l’opposition démocratique.
Permettez-moi de relever que la question essentielle de la responsabilité des dirigeants de l’opposition démocratique n’a malheureusement pas été abordée dans les différents articles publiés dans votre édition d’hier. Elle en appelle pourtant une autre. Tout aussi fondamentale pour dresser un état des lieux de la mouvance d’opposition démocratique. Existe-t-il une culture démocratique dans les organisations politiques se réclamant de l’opposition démocratique ? Cet angle d’approche aurait permis de mieux comprendre « l’impasse ruineuse »1 et « l’essoufflement du militantisme citoyen »4. Le déficit démocratique à l’intérieur même des partis, se réclamant des valeurs universelles, jette un discrédit sur leurs actions. Leur incapacité en tant que partis politiques à fonctionner selon des normes démocratiques minimales, consignées pourtant dans leur projet de société, ne contribue pas à rehausser l’image de « l’opposition démocratique ». Faut-il s’étonner, dans ces conditions, de l’absence de vie organique et politique au sein de ces organisations réduites à l’état d’appareils. Comment espérer voir émerger une « culture de dialogue » indispensable à toute action collective, a fortiori à la construction d’un pôle démocratique alternatif au pouvoir en place ? Le constat de l’un de vos journalistes est sans appel « … il faut bien le dire, l’opposition, ses partis et ses personnalités confondus, n’arrive pas à tirer les leçons du passé.
Avant l’élection présidentielle, beaucoup de cercles, ou à proprement parler des groupes théoriquement acquis à l’idée du changement, ont tenté, vainement, de trouver une ébauche pour un rassemblement »5. Il est temps pour les organisations se réclamant du camp démocratique de balayer devant leur porte. D’abord en mettant en cohérence leurs discours politiques et leurs pratiques internes. Les Algériennes et les Algériens investiront ces oasis de « vie organique et politique » où le débat militant rimera de nouveau avec « cohérence », « culture du dialogue » et « démocratie ». En donnant du temps au temps, l’opposition démocratique pourra espérer incarner, aux yeux des Algériennes et des Algériens, une alternative politique, économique et sociale crédible au pouvoir de Bouteflika. Avec vous, j’en conclus qu’« il apparaît aujourd’hui impérieux de réinventer la politique et de renouer avec l’action militante de base. Les partis d’opposition sont ainsi acculés à lancer de nouveaux chantiers en vue de reconquérir la société »4.
Notes
- 1/ L’impasse ruineuse
- 2/ Opposition : léthargie ou échec programmé ?
- 3/ Existe-t-il une vie démocratique en Algérie ?
- 4/ Réinventer le militantisme citoyen
- 5/ Entre l’urgence d’un rassemblement et d’inutiles scènes de ménage
Par Farid Aïssani
El Watan 16 04 2009


4 Comments: Trackback URL | Comments RSS
avril 17th, 2009 at 18 h 18 min
Farid Aissani s’en prend aux partis d’oppositions “démocratiques”. C’est son cheval d’accès à la renommée. Il se donne le droit de refaire l’analyse des journalistes faute de les censurer! Accabler l’opposition démocratique de vivre avec des revenants relève de la persécution. F Aissani exige et impose des règles de travail à l’opposition démocratique alors que le sieur Aissani ne s’est pas manifesté lorsqu’un vieillard régnant sur le pays d’un million et demi de martyrs décide de passer outre la souverainté populaire pour rester au pouvoir. Le sieur Aissani, fils de Beniouioui, devrait admirer la honte du 12/11/2008: Sénateurs et députés se sont prostitués pour faire plaisir à l’Homme de la langue de bois. Avec des gens comme Aissani Farid, il serait difficile d’etre démocrate en Algerie
avril 17th, 2009 at 18 h 38 min
Je suis étonné par votre commentaire.
Oubien vous ignorez qui est ce monsieur sur qui vous tapez, oubien il y’a d’autres arguments un peu plus « vrais » pour s’en prendre à lui de la sorte, et que vous ne developpez pas malheureusement..
Les partis dits démocratiques doivent être capables de faire leur autocritique … sinon, on est pas sorti de l’auberge (ce qui est déjà largement le cas d’ailleurs)
Bien à vous
avril 18th, 2009 at 16 h 37 min
je suis bien d’accord avec l’analyse faite par Farid Aissani. L’opposition dite démocratique post octobre 88 s’est essouflée et ne s’est pas renouvelée alors que l’Algérie a beaucoup changé depuis. elle s’est essouflé parce que le système en place a tout fait pour lui barrer la route, et c’est de bonne guerre s’agissant d’un pouvoir autoritaire non interessé par la démocratie et l’alternance. mais elle s’est également essouflée par cequ’elle n’a pas été capable de faire son bilan critique. On voit bien que depuis plus de 20 ans, nous avons affaire au même personnel politique et en particulier aux mêmes présidents et SG de partis. Aucun renouvellement, aucune mise en avant d’autres militants (la peur de l’ombre) et un verrouillage politique interne aux partis presque à l’image du verouillage politique au niveau national.
Aussi, je partage et le constat et les propositions formulées par F Aissani si l’on veut que l’opposition démocratique soit un jour perçue comme alternative possible. Que le pouvoir ne le veuille pas c’est une chose mais que les électeurs en soient conscient en est une autre !
décembre 18th, 2009 at 12 h 03 min
Farid AÏSSANI est un véritable démocrate qui n’a jamais arrête d’activer dans le bon sens. Il a toujours exposé ouvertement ses propres analyses politiques sans ménager personne. Il est infatigable et il est très difficile de le détourner de ses objectifs. En lisant cela, tu comprendras qu’il est inutile de te fatiguer à essayer de le décourager.