Le Dr Mouhoubi à propos du prix de la pomme de terre en pleine élection.
Affichant 100 dinars le kilogramme, la pomme de terre vient d’atteindre un prix historique jamais connu dans l’histoire de la mercuriale algérienne. Pour les observateurs de la scène économique, cette hausse «n’est pas normale», d’autant plus que cet aliment de base a augmenté de 300 % en quelques semaines.
D’autres n’hésitent pas à lier l’envolée du prix du tubercule à la campagne électorale. «Il y a une volonté manifeste de chauffer le front social. Pourquoi a-t-on choisi cette période ? J’estime que le timing n’est pas fortuit ?» relève le docteur Salah Mouhoubi, économiste et politique, enseignant à l’université d’Alger.
Le spécialiste ajoute que cette hausse devrait être contenue dans l’immédiat, et ce sont les pouvoirs publics qui ont «latitude de cerner, au plus vite, ce grave problème». «Qu’elle soit d’ordre structurel ou spéculatif, cette situation devient alarmante. L’Etat se doit de réguler afin de stabiliser les prix», préconise l’économiste.
Selon notre interlocuteur, l’économie de marché ne signifie pas anarchie, surtout lorsqu’il s’agit d’un produit aussi important que la pomme de terre. «Ce légume est l’aliment de base du ménage algérien, et quand il atteint un prix aussi haut, la machine de l’Etat devrait s’enclencher automatiquement», souligne l’expert, ajoutant que deux solutions, au moins, devraient figurer au chapitre.
«Il aurait été judicieux de permettre l’importation de la pomme de terre quand il y a des tensions, d’autant plus que la palette des produits venus d’ailleurs englobe même l’ail que nous importons désormais de Chine», signale-t-il. «Cette option ne serait pas négative. L’importation ne durera qu’un laps de temps. Juste pour permettre l’arrivée de la production locale sur le marché», enchaîne l’économiste, non sans appeler les pouvoirs publics à combattre sans relâche les relais de la spéculation. L’expert n’omet pas de souligner le rôle de l’Etat à mener à bien la politique agricole ou du moins à «revoir sa copie», en ce sens que des sommes faramineuses ont été allouées au secteur.
Djamel Zerrouk
Le Jeune Indépendant, 5 avril 2009

