Algérie : voter ou boycotter?

Un groupe d’intellectuels a appelé les électeurs algériens à boycotter les élections présidentielles du 09.04.2009. Un électeur est par définition : majeur, responsable et libre d’avoir son opinion propre, de décider par son libre arbitre de voter ou de boycotter une élection. Cependant, dans un pays totalitaire comme l’Algérie dont la culture politique est fondée sur le principe de la pensée unique, une définition de la démocratie, de ses avantages et de ses inconvénients, doit être tentée avant d’inviter les électeurs à faire leur choix, à voter ou à s’abstenir de voter.

La démocratie n’est pas une panacée cependant elle permet aux peuples de désigner librement leurs représentants. Elle est devenue synonyme d’Etat de droit, garant des libertés collectives et individuelles.

Tentative de la définition de la démocratie à la sauce algérienne. En septembre 1963, des décideurs de l’ombre ont imposé au peuple Ahmed Ben Bella, un candidat unique, qui sera triomphalement plébiscité avec un taux de participation, selon la version officielle, de 99,99%.

Quelques 17 mois plus tard, le 19 juin 1965, sans demander l’avis de leurs sujets, un quarteron de colonels, qui se sont autoproclamés : « Redresseurs de la révolution », renverse le premier président algérien. Le 20 juin 1965, le colonel Houari Boumediene déclare, au nom d’un lugubre Conseil de la révolution : « …Un livre noir sera écrit sur les méfaits du président déchu qui allait être juger », avait-il promis au peuple algérien. Contrairement aux engagements des putschistes, Ben Bella ne sera pas juger mais séquestré 14 années durant. 44 ans après les faits, le livre noir sur les méfaits du premier président algérienne se fait encore attendre.

De 1965 jusqu’à 1976, Sous prétexte que : « Le peuple algérien n’était pas mûr pour l’épreuve de la démocratie », Boumediene et son cabinet noir gouverneront l’Algérie sans aucun contrepouvoir ni aucune institution élue, par de simples décrets présidentiels. En 1976, Boumediene sera à son tour triomphalement plébisciter avec un taux de participation frôlant les 100%. A 1978, Boumediene décède, à l’âge de 47 ans, dans des conditions qui restent encore fort mystérieuses.

Suite au décès de Houari Boumediene, un groupe de malfaiteurs de l’ombre composé essentiellement d’officiers issus des rangs de la l’armée coloniale, des ralliés tardifs à la cause nationale algérienne, impose à leurs sujets Chadli Bendjédid comme troisième président et candidat unique pour-le plébisciter. Chadli sera longtemps qualifié par des médias algériens aux ordres comme : « Un génie de la politique », « Un homme providentiel », « Un libéral… ». Par trois fois, ce candidat du cabinet noir sera plébisciter à son tour avec des score ridiculement élevés. Le 12 janvier 1992, à peine son troisième mandat entamé, Chadli se verra convoqué, par ses pairs dans un chalet situé à Palm Beach (Ouest de Alger » où il sera contraint de signer un document portant sur sa démission et sur la dissolution post-datée de l’APN (Assemblé populaire nationale) griffonné à l’hâte sur le coin d’une table par le général Touati dit : « El Mokh », (cerveau).

Suite à la : « Démission » de Chadli, sans demander l’avis des algériens, les putschistes jettent leur dévolu sur Mohamed Boudiaf, un illustre inconnu de la jeunesse algérienne. Six mois plus tard, en juin 1992, les algériens se feront les complices et les associés du cabinet noir dans l’assassinat de leur chef d’Etat. En effet le meurtre leur sera servi en directe par leur unique chaîne de télévision.

La parenthèse (juillet 1992-1993 décembre) d’Ali Kafi, président d’un sinistre : « Haut conseil d’Etat », est sans aucune intérêt historique majeur.

Voici venir le général Liamine Zeroual qui a la particularité de ne pas être issu des rangs de l’armée coloniale. Nommé à son tour par le même cabinet noir (1994) président du Haut Conseil d’Etat. Le 31 octobre de la même année, les algériens découvriront au journal de 20 heures, un homme aux mains tremblantes, d’une voix chevrotante, prononcer, dans un arabe mal assuré, son premier important discours radio télévisé. Le nouveau chef d’Etat martèle : « La crise actuelle (la guerre civile) a pour origine un régime pourri dont le peuple lui a retiré sa confiance. La sortie de crise, dit-il, doit être recherchée dans un dialogue sans exclusif… ». Bien que lui aussi était un candidat imposé par des décideurs de l’ombre, la campagne pour son plébiscite avait réellement mobilisé l’opinion publique algérienne et son élection semble des plus honnêtes et des plus transparentes de toute l’histoire électorale d’Algérie. Dès son premier quinquennat entamé, Zeroual verra son plus proche conseillé, son homme de confiance, son bras droit, le général Mohamed Betchine, traîner dans la boue par des journaux aux ordres et à la solde de forces souveraines occultes. Homme d’honneur, ne tenant pas à sacrifier son homme de confiance sur l’autel de son ambition personnelle, aussi, Zeraoul se verra-t-il contraint de jeter l’éponge, de démissionner, en 1999, à mi-premier quinquennat.

Tandis qu à Paris, avec des attributs d’un président en exercice : voiture blindée, chauffer, gardes du corps, conseillés… Abdelaziz Bouteflika dont les horizons les plus lointains ne dépassent pas l’orée de sa fratrie et de sa confrérie maraboutique, encore très influente dans un pays sous développé comme l’Algérie, sortir de sa réserve parisienne. La presse algérienne présente le revenant comme étant un homme politique : « Ma’som » (infaillible). A noter qu’en 1980, Bouteflika avait été accusé par la Cour des Comptes algérienne d’avoir fait mains basses sur le reliquat financier, soit quelques milliards, du ministère des affaires étrangères qu’il avait dirigé, d’une main de fer 15 ans années durant (1963-1978). Dans un pays littéralement rongé par la corruption, porter un homme comme Bouteflika au sommet du pouvoir algérien ne revient-il pas à introduire une meute de loups dans la bergerie ? Plébisciter à nouveau un président dont la culture peine à dépasser l’horizon de sa fratrie, de sa tribu et de ses confréries maraboutique ne risque-t-il pas de projeter l’Algérie vers les ténèbres du Moyen Âge ?

Pouvoir voter, lorsque le vote est : sérieux, transparent et honnête est un devoir de tout citoyen. Cependant, lorsque des élections sont grossièrement fraudées, leur boycotte par le peuple et par chaque portion du peuple ne devient-il pas un devoir des plus appropriés?

Les générations d’après : « Indépendance » doivent se rendre à l’évidence que l’Algérie est otage de collabos d’Aussaresses, des néocolonialistes. Depuis : « L’indépendance » de l’Algérie (1962), les présidents algériens sont imposés au peuple, assassiné ou congédiés sans demander l’avis du peuple, du soiuverain. Participer à telles élections ne relève-t-il pas d’une haute trahison au serment d’honneur fait à nos glorieux martyrs?

Quand une bande de malfaiteurs notoires se livre à des truquages électoraux à l’Algérienne, le boycotte ne devrait-il pas être, pour le peuple pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs?

Moi, Aissa, issu d’une famille authentiquement révolutionnaire, fils de chahid et de chahida, je ne trahirai pas ma famille, je ne romprai pas le serment donné à nos valeureux martyrs, je ne signerai pas un chèque en blanc à des voyous, le 9 avril 2009 je ne voterai pas.

http://aissaculturedechoc.blogs.nouvelobs.com/archive/2009/03/31/algerie-voter-ou-boycotter.html

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